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L'auvergne de demain, regards croisés #1

L'auvergne de demain, regards croisés #1

Par Damien Caillard

La loi NOTRE n’en finit pas de livrer ses impacts : rapprochements stratégiques de pôles de compétitivité, dimension internationale boostée mais aussi nouveaux paysages des lieux de pouvoirs et de décisions … Le périmètre ‘identitaire’ Auvergne a-t-il toujours un sens ? Une utilité ? Quels sont les enjeux à venir pour les acteurs auvergnats ? A quoi doivent s’attendre nos entreprises, nos élus, nos habitants ? Depuis 6 ans, l’association Auvergne Nouveau Monde fédère les acteurs investis en Auvergne pour agir ensemble sur son image et son attractivité. Aujourd’hui, dans ce nouveau contexte, Auvergne Nouveau Monde souhaite reposer la question du sens de son action à venir. Elle vous invitera à partager vos convictions le 12 mai prochain lors d’une journée d’intenses réflexions et les semaines suivantes lors d’ateliers sur les 4 départements auvergnats. D’ici là, de manière non exhaustive, nous allons partager la vision d’acteurs locaux, porteurs, par leur activité, d’un point de vue sur l’avenir de leur territoire … A suivre donc, 12 semaines de regards croisés, d’initiatives remarquables, de regards éclairés

 

Afin de réaliser une première vision prospective, nous avons étudié quatre axes de réflexion avec des personnes membres ou proches d’Auvergne Nouveau Monde. Ces axes sont articulés autour des dimensions agro alimentaire, économique avec notamment la question des défis des PME et l’économie dite collaborative et enfin, la place de la culture dans nos territoires.

Voici une synthèse de ces entretiens liminaires.

Collaborations entre acteurs

Le premier enseignement est double: la plupart des axes évoqués s’entrecroisent - ce à quoi on pouvait s’attendre - mais, surtout,  la notion de collaboration semble être une clé de développement transversale. Au-delà de l’économie collaborative au sens classique, ce sont à la fois les acteurs culturels et les PME qui pourraient en bénéficier le plus dans notre région Auvergne. Pourquoi ? D’une part, parce que notre territoire étant relativement enclavé, il bénéficie “en retour” d’un fort attachement de ses acteurs et d’une propension à travailler ensemble … si une dynamique est mise en place !

Il faut donc des initiatives structurantes faisant appel aux réflexes collaboratifs. C’est visible pour les PME qui cherchent à s’inscrire dans des projets territoriaux portés par les grands donneurs d’ordres (notamment les grandes entreprises auvergnates). C’est surtout évident et même bien réel pour les acteurs culturels avec, par exemple, le projet Effervescence - dans le cadre de Clermont Capitale Européenne de la Culture. Il s’agit de la première initiative vraiment collaborative dans le domaine culturel local, portée par la ville de Clermont, et qui amène une vision et une projection qui manquaient aux acteurs culturels. Ce projet permet aussi d’imaginer de nouveaux business models dans la culture: partenariats public-privés, mutualisation … qui gagneraient à s’inspirer de plus en plus de l’entrepreneuriat social.

Collaborations public privé

Le collaboratif transparaît également dans le rapport population / élus. Selon nos interlocuteurs, tous les acteurs “professionnels”, de tous secteurs confondus, doivent davantage s’impliquer et être impliqués dans les territoires de proximité. “S’impliquer” dans le sens où les entreprises ont une vraie opportunité de développer leur impact sociétal - c’est, par exemple, le sens de l’initiative “Made In Silicon Velay” au Puy, label d’entreprises citoyennes reposant sur des critères d’impact sociétal. “Etre impliqués” est plus de l’ordre des élus et des décideurs du territoire, qui pourraient associer fortement les PME aux processus décisionnels des territoires. Un signal politique de confiance envers les entreprises et les acteurs économiques pousserait ainsi à se fédérer en écosystèmes et favorise la dynamique et l’initiative. Pour beaucoup, c’est cet optimisme qu’il faut enclencher.

Dans le domaine purement culturel, l’implication des habitants (de villes, de quartiers) permet à la culture de “sortir de ses cases”, de dynamiser, de créer, d’innover. La “culture collaborative” est un moyen pour les artistes de faire réfléchir les habitants sur leur identité.

Enfin, le collaboratif s’exprime dans l’innovation ouverte - principe de partenariats grands groupes/PME ou start-ups - qui, au-delà de dispositifs territoriaux, doit être pensée pour aider les petits acteurs à franchir des caps. Les grands groupes n’ont pas forcément vocation à prendre en charge le développement business des PME mais plutôt à les accélérer.

Une vision sur mesure

Après cette vision “micro”, faite d’interactions plus poussées entre divers protagonistes, quid de la vision “macro” du territoire auvergnat ? Pas de surprise non plus, oui il y a des  disparités et des spécificités  (entre Clermont, son “territoire métropolitain” en devenir, et les zones plus rurales). Il y a aussi des polarités différentes: ainsi, Le Velay traditionnellement tourné vers Saint-Etienne ou maintenant Lyon; l’Allier qui revendique son identité bourbonnaise et cherche sa cohésion autour  de ses trois pôles urbains; ou Aurillac, encore, préfecture du Cantal, département à forte identité qui cultive l’attachement fort de ses communautés d’expatriés et souffre de son éloignement.

Donc oui, diversité des situations et des enjeux il y a !


Mais au-delà, l’échelle Auvergne demeure pertinente : comme porte drapeau fédérateur dès que l’on sort du territoire mais aussi comme terrain d’expérimentation collective à une échelle à la fois suffisante mais abordable et signifiante. Sans doute à la condition que la solution ne soit pas holistique et uniforme : il faut assumer les différences territoriales, et imaginer des propositions qui s’adaptent à chacun tout en renforçant le collectif, en liant des initiatives isolées, en leur donnant du poids ...  un ensemble de solutions en somme, dans la mesure du possible fédératives, ou tout du moins constructives et en bonne intelligence.

A suivre

Ainsi, de ces entretiens se dessinent quelques axes stratégiques, à suivre pour demain, avec cette notion de collaboration en filigrane :

En matière agro alimentaire par exemple, il y a un enjeu majeur à capitaliser et polliniser sur la présence d’un leader mondial innovant, à conforter aussi la capacité de production de valeurs ajoutée des filières de qualité,  à engager encore un développement fort sur l’axe très prometteur de la nutrition santé...

En matière de croissance économique, où l’Auvergne fait valoir une prégnance du tissu industriel et une balance du commerce extérieur plutôt bien orientée, comment consolider le tissu de PME du territoire et en accompagner l’accélération ? comment faire jouer à plein la collaboration positive Start Up, PME, grands groupes ?

Des lieux d’innovation émergent partout sur le territoire:  La Cocotte Numérique à Murat, le 4Puissance3 à Monistrol, le FabLab de Moulins, celui de l’IUT du Puy...   de belles initiatives locales, nées de la volonté d’acteurs publics ou de la société civile. Comment créer les conditions d’une multiplication d’échanges entre eux pour optimiser leur impact, … et à  l’instar de Rhône-Alpes, faire émerger une vraie notion d’écosystème efficace?

Quelle ambition afficher en matière d’offre culturelle dont on sait qu’elle est aussi un des meilleurs vecteurs d’attractivité (ce qu’ont bien compris les entreprises qui cherchent à attirer des talents nationaux, traduit par leurs engagements en matière de Mécénat) et quel maillage culturel aussi, pour relier Clermont et les territoires environnants ?

Expérimentons !

Pour conclure, nombre de nos interlocuteurs voient un axe porteur pour beaucoup de territoires  en Auvergne, qui colle bien à leur réalité : la notion d’expérimentation. En misant sur le collaboratif, en travaillant main dans la main avec aussi bien les artistes, les grandes et petites entreprises, les innovateurs, les habitants, et en leur faisant vraiment confiance, en créant ensemble et en redistribuant à la population, les collectivités peuvent transformer leurs espaces urbains et ruraux en territoires d’expérimentation et d’incubation. Il faut accepter la notion de risque, se lancer parfois dans l’inconnu, être agile pour être résilient, mais les retombées en terme d’innovation, de dynamisme et d’image seront énormes. Des projets comme l’émergence d’un FabLab dans l’Allier porté par un collectif de jeunes et inscrit dans une ambition européenne, celui du Pays de Murat autour de la dynamique entrepreneuriale, d’un réseau d’entreprises d’un projet de rue Créative autour d’Epicentre, le LIT lancé par Limagrain, mais aussi Effervescence sont précurseurs en la matière.

 

Aujourd’hui, Auvergne Nouveau Monde pense qu’un lieu de coordination de ces initiatives serait utile voire nécessaire, pour inscrire pleinement les territoires auvergnats dans la dynamique Auvergne Rhône Alpes. Et vous ?


Rendez vous fin février pour un nouvel article L’Auvergne de Demain - Regards croisés #2

 

Texte réalisé à partir d’interviews téléphoniques et présentielles réalisées entre le 6 et le 10 février auprès de: David de Abreu (directeur de l’AMTA à Riom), Guillaume Blanc (fondateur de Exotic Systems à Clermont), Samuel Chardon (animateur du réseau Silicon Velay au Puy), Emmanuelle Perrone (directrice d’Epicentre à Clermont), Sébastien Pissavy (business angel à Aurillac), Hervé Roche (directeur de 9 Conseil à Clermont), Jean-Charles Vergne (directeur du FRAC à Clermont), Jean-Yves Vif (rédacteur en chef de la Montagne à Clermont) et Matthieu Villeroy (responsable Allier pour la Montagne à Vichy).