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Du Tennis au Poker

Du Tennis au Poker

Ancien numéro 1 français de sa génération (1984), Emile Petit a côtoyé les plus grands joueurs. Considéré comme un grand espoir du tennis français, son envie n’aura pas suffit. Sa vie maintenant : Joueur de Poker professionnel, parieur sportif et chef d’entreprise !

Il revient sur son parcours : 

 

TF : Emile, retrace nous ton parcours tennistique :

EP : "J’ai commencé le tennis assez jeune et très vite, j’ai été passionné par ce sport de duel. J’ai été champion de ma région à diverses reprises, vainqueur de la Coupe France 13/14 ans, finaliste des championnats de France à 14 ans en simple et vainqueur en double, finaliste de la « Copa del Sol », mais aussi vainqueur des « Petits Princes » à Annecy.

Après mes 14 ans, j’ai eu quelques difficultés à confirmer. Je suis tout de même arrivé dans le Top 50 Junior en simple et en double. Au final j’ai été -15 à mon top à 19 ans et joueur pour Coupe Davis pour Monaco, et j’ai décidé d’arrêter.

J’ai aussi un record, moins tennistique mais tout aussi impressionnant celui d’avoir fait plus de 500 000 points à Tetris. (Rires)"

TF : "Est-ce qu’il y a un tournoi qui t’a marqué?"

EP : "Oui, « Les Petits Princes » en 97. C’est l’équivalent des championnats d’Europe des 13 ans. Il y avait à l’époque parmi les joueurs engagés : Gasquet, Soderling, Ancic, Tipsarevic, Peschner, Simon etc... Il me semble d’ailleurs que Gasquet avait joué Soderling au premier tour. J’ai passé une semaine merveilleuse, je crois d’ailleurs avoir toujours le record du plus petit nombre de jeux perdus pendant le tournoi. En finale, je bats Peschner 6/3 6/1. Un grand moment!"

TF : "Quelle victoire t’a le plus marquée ?"

EP : "Alors là, préparez-vous à rigoler. En fait, cette victoire m’a vraiment marqué car j’en parle encore ! C’était aux Petits As, j’attendais de savoir contre qui j’allais tomber. Enfin le tableau sort : «Chouette, tirage cool cool», je joue Gilles Simon. A cette époque Gilles n’était pas vraiment le joueur que l’on connait maintenant. Il était petit, d’ailleurs il ne dépassait pas le filet, un peu chétif, et son jeu n’avait pas encore de relief.

Je savais que j’allais faire un bon match. J’adorais son jeu. Résultat victoire 6/0 6/0. On en rigole encore quand je le croise."

TF : "Et en défaite ?"

EP : "Bien évidemment ma finale aux championnats de France contre Richard Gasquet.

Je n’étais pas vraiment un joueur relâché et voir un gamin de deux ans de moins que moi arriver jusque là, m’avait mis un peu la pression. Je mène un set à zéro et break dans le deuxième. Le match semble acquis, je me déconcentre et hop troisième set. Malgré tout, je reviens bien dans le match et je déroule pour mener 3/0 mais à partir de là, le gamin ne m’a mis que des coups gagnants. Un véritable festival, un vrai génie !" 

TF : "Comment perçois-tu avec du recul ton parcours de tennisman?"

EP : "Je n’ai aucun regret. Je serai devenu meilleur si je n’avais pas arrêté le tennis à l’âge de 19 ans mais je n’aurai jamais intégré le top 100. Un rêve ultime pour tous jeunes joueurs. Je crois avoir eu beaucoup de chance à mes débuts mais certains y arrivent d’autres non, c’est la loi du sport. Il y a deux, trois ans, quand je regardais les Grands Chelems, je me disais « tiens lui je l’ai battu là, lui ici, lui là-bas et j’en rigolais avec mes amis ». Je leurs disais à quel point certains joueurs étaient nuls à l’époque. (rires)"

TF : "Tu t’entrainais au sein du système fédéral, quels souvenirs en gardes-tu ?"

EP : "Pendant 3 ans, de 12 à 15 ans, j’étais à Poitiers. A l’époque, Poitiers c’était vraiment un pôle impressionnant. Il y avait un nombre incalculable de joueurs pour chaque année d’âge. Nous étions une grande famille. Certes il y avait énormément de rivalité, chaque tournoi était âprement disputé, mais en règle général lorsque nous rentrions au pôle, nous repartions de plus belles dans les bêtises. Je garde de cette expérience beaucoup de bons souvenirs, de belles rencontres. Une belle école de la vie !"

TF : "On ressent de la nostalgie dans tes propos, veux tu ajouter quelque chose ?" 

EP : "(Rires) Effectivement, étant le meilleur de ma génération, j’étais forcément respecté et j’étais aussi le leader du groupe : à la fois tennis mais aussi et surtout en dehors pour faire des « conneries »."

TF : "Il doit y avoir des histoires cultes alors, tu en partages une avec nous ?"

EP : "(Rires) Oui, la plus magistrale fut quand même d’uriner dans le sauna. Un de mes plus grands chefs d’oeuvre. Pendant une semaine, impossible de rentrer dedans, c’était l’horreur. Je ne pensais pas que l’odeur allait rester autant de temps. A la base, il n’y avait plus d’eau et nous étions en bonne forme. Au lieu de sortir chercher de l’eau et du coup faire rentrer un peu de fraîcheur l’option d’uriner a été la plus logique.

Après il y en a eu mais des plus gentilles. Faire tomber un distributeur de Coca pour avoir les canettes. Casser un flipper parce que j’étais en «TILT» (état d’énervement maximal).

Un drôle aussi avec J-W Tsonga a été de coller les antivols de certains produits dans le dos des clients d’un supermarché. Désolé mon Jo, car on s’est fait chopper. Je peux vous dire que les coachs n’avaient pas apprécié. (Rires)"

TF : Il y’a un point négatif concernant cette époque ou pas du tout ?

EP : "Je pense... L’éloignement familial. Même si mes parents venaient assez souvent ou même si je revenais sur Clermont-Ferrand, je trouve cela dur à 12 ans de partir loin de sa famille. A 15 ans, j’avais pris le pli mais les deux premières années, les entraîneurs oublient un peu trop que nous ne sommes que des enfants."

TF : "Tes amis à cette époque et mêmes tes « ennemis »?"

EP : "Gérald Bremond et Jo étaient vraiment mes plus proches amis. En ennemi, je n’en avais pas à part peut-être Mathieu Montcourt mais plus sur le terrain, c’était une teigne!"

TF : "Quel était ton style de jeu et comment te percevaient les autres ?"

EP : "À l’époque, j’avais le même jeu que Correjta, mon idole : Gros physique  et revers à une main de dingue. On va dire que j’étais un bon limeur du fond.

Niveau tennis on me voyait comme un joueur dur à jouer vu que j’étais très physique, pas spécialement talentueux mais toujours accrocheur jusqu’au bout!

En dehors du court la plupart m’aimait bien et me voyait un peu comme un déconneur dans le groupe mais un bûcheron quand il fallait travailler."

TF : "Pourquoi avoir arrété ?"

EP : "Pleins de blessures chroniques et la découverte du Poker. C’était en 2003. Je commençais à apprendre le poker avec un de mes coachs et j’y ai trouvé un plaisir fou. J’ai eu des moments de doutes forcément, entre le tennis qui n’allait pas vraiment et le poker qui n’était pas si lucratif que ça au début. Mais au fur et à mesure, la décision devenait logique. Ma voie s’est tracée toute seule. À chaque étape de ma vie, j’ai tout donné dans tous les domaines qui me passionnaient."

TF : "Tu étais en Suisse il y encore deux ans. Pourquoi être revenu en France?"

EP : "Pour des raisons familiales dans un premier temps. Mon fils rentrait à l’école, je devais faire un choix de vie. Mais aussi par rapport au forfait fiscal en Suisse qui est quand même relativement cher et ne dépend pas de vos revenus. Pour être avantagé fiscalement par rapport à la France, il faut au minimum gagner 500.000 euros par an ce qui n’est plus mon cas à l’heure actuelle.

Cependant mon retour en France a suffisamment duré (rires). Je pars m’installer en Autriche !"

TF : "En résumé : un des meilleurs espoirs au tennis, le plus gros gagnant français en « cash-game » en ligne (poker) entre 2005 et 2008 avec environ... 5 millions de dollars de gains, un contrat avec la team PMU, l’un des meilleurs parieurs de l’hexagone... Que demander de plus ?"

EP : "(Rires) Comme je le disais un peu plus haut. Je n’ai pas eu énormément de passions mais toutes celles que j’ai pu avoir, j’y ai mis tout mon coeur et toute mon âme en les pratiquant.

La plupart des gens pensent que c’est tombé du ciel comme ça par hasard, ou que c’était facile il y a 10 ans mais croyez-moi : cela ne s’est pas fait en un jour!

Pour ce qui est du Poker, à titre d’exemple, je jouais plus de 100.000 mains par mois pendant plusieurs années. Peu de joueurs ont atteint ce volume en ligne. Je suis conscient de n’avoir jamais fait partie des tout meilleurs du monde mais je suis fier de la façon dont j’ai géré mon début de carrière en ligne.

Pour les paris sportifs, c’est une autre paire de manches. C’est devenu très difficile maintenant. La majorité des bookmakers dans le monde sont reliés par internet ce qui réduit fortement les erreurs de cotes ou les mouvements non visibles. Sans même parler des réductions dans les limites de mises..."

TF : "Si tu devais tirer un bilan ta vie actuelle de joueur de Poker?"

EP : "Une vie éreintante. Des horaires de dingue, une accumulation de fatigue due à une concentration hors normes pendant des heures de jeu qui se transforment parfois en longues nuits blanches. Je ne compte pas le nombre d’heures que j’ai pu passer devant l’écran de l’ordi. Le temps passe, on en oublie notre vie. Une désocialisation totale. Des journées entières passées devant cet écran. Des colères non-contrôlées. Quand vous perdez une somme astronomique vous pouvez devenir fou. D’ailleurs ces sommes qui à la base sont astronomiques deviennent petit à petit des petites sommes jusqu’à devenir des pourboires. La perte de notion d’argent est terrible lorsque l’on gagne. C’est souvent pour cette raison je pense, que beaucoup de joueurs dégoupillent et perdent tout ce qu’ils ont pu construire."

TF : "Quels sont tes projets?"

EP : "Je continue à jouer au poker et à parier mais en espaçant un peu plus mes sessions. En même temps j’ai monté une boîte de création de sites internet. Actuellement, d’ailleurs, le cumul de tout cela me donne de belles sueurs la nuit. "

TF : "Joues-tu encore?"

EP : "(Rires) Non et depuis quelques années ! Même si je fais toujours les doubles en matchs par équipes pour le plaisir, mon point fort, le physique est devenu un point faible et mon revers n’est plus aussi flamboyant qu’à l’ancienne époque."

TF : "Emile, Merci beaucoup pour ta grande disponibilité. L’équipe de Tennis Francais te souhaite encore beaucoup de succès dans tout ce que tu vas entreprendre."

PdB/LLL

 

http://tennisfrancais.fr/que-sont-ils-devenus-emile-petit.html