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#Interview : Adélaïde Albouy-Kissi

#Interview : Adélaïde Albouy-Kissi

Adélaïde Albouy-Kissi: “les Fablabs permettent d’aider les entreprises qui souhaitent innover mais ne savent pas comment faire”

 

Adélaïde Albouy-Kissi est maître de conférences en Informatique Appliquée à l'IUT de l’Université Clermont Auvergne sur le site du campus du Puy-en-Velay. Depuis 2016, elle est directrice du Lab' du Pensio, un laboratoire de fabrication numérique (fablab), monté sur le site de l'ancien Pensionnat Notre-Dame de France. Elle revient sur la genèse de ce projet et les apports du collaboratif pour l'écosystème entrepreneurial.

Quelle est la stratégie du Lab' du Pensio ?

La clé est dans l'animation et l'interaction avec l'écosystème économique. Le projet s’appuie sur le plan investissement d’avenir Auvergne Alternance d’Excellence (A2Ex) dont l’objectif sur le Puy en Velay est le développement d’un pôle dédié aux technologies de l’image. Cependant, A2EX ne prévoyait de financer que la construction d’un nouveau bâtiment sur le campus et l’achat de matériel haute technologie. Grâce aux soutiens des collectivités locales, nous avons pu y ajouter un poste de FabManager pour animer l'espace. Sur cette base, une stratégie à quatre étages a été lancée.

  • Premier étage: monter des projets de R&D et d'innovation avec le secteur de la plasturgie, à l'est du département de la Haute Loire, sur un principe du partenariat public/privé.
  • Deuxième étage: former les entrepreneurs de TPE à l'utilisation du matériel de Fablab, comme des imprimantes 3D ou des découpeuses laser, et notamment dans les métiers d'art. Cela implique aussi de les rassurer sur le fait que le numérique ne les remplace pas mais amplifie leur processus de création.
  • Troisième étage: proposer des prestations d'utilisation du matériel pour les entreprises déjà formées.
  • Et enfin, dernier étage: amener les étudiants à utiliser le Fablab pour développer leur créativité et créer un nouveau parcours de formation spécialisé  qui débutera en septembre 2017 au département Informatique Graphique de l’IUT du Puy.
  • Notre objectif est de montrer l'utilité d'un tel dispositif, pour tous les publics, selon un principe d'essaimage. Ensuite, bien entendu, nous visons l'équilibre économique. L'investissement initial de 6 millions d'euros est le fruit d'un consortium collectivités et université construit autour d'un Plan d'Investissement d'Avenir A2EX.

Dans quelle mesure votre projet est-il collaboratif ?

Il permet aujourd'hui à des populations qui ne se connaissent pas, de se rencontrer et de développer des choses ensemble. Au départ, les gens viennent pour de la prestation d'utilisation "brute", ou avec des problématiques propres à leur métier. Très vite, des professions différentes se mettent à collaborer. Par exemple, un artisan qui fabrique des violons mais ne sait pas faire de moule rencontre une restauratrice d'oeuvres d'art qui lui apprend la technique avec notre matériel ... On est utile, on permet à l'entrepreneur de rompre son isolement et de rentrer dans une démarche collaborative. Mais, finalement, les Fablabs sont surtout des Living Labs: on ne vient pas forcément pour fabriquer des objets, mais pour apprendre, échanger, rencontrer, expérimenter. Et ce n'est pas grave, au contraire.

Comment voyez-vous l'impact du Lab' du Pensio sur le territoire ?

Ces dispositifs de tiers-lieux permettent de répondre à une attente: les entreprises ont envie et souvent besoin d'innover mais ne savent pas comment. Nos outils peuvent représenter un accompagnement à l'innovation. Le Lab’ ambitionne ainsi d’aider des porteurs de projets à transformer leurs idées, concepts et compétences en activités, mais aussi d’accompagner des entreprises existantes à anticiper et à faire évoluer leurs approches du marché. Nous partons d’un savoir faire et, par un accompagnement individualisé, nous développons des outils innovants utilisant les potentialités offertes par les technologies de fabrication numérique et de réalité augmentée.

Les lieux de type Fablabs permettent de fertiliser l'innovation. En plus, certains Fablabs sont aussi des espaces ressources pour l'entrepreneuriat. Quand on monte sa boîte, on a besoin de financement, de réseau, et de prototypage. Je pense que les acteurs de l'entrepreneuriat doivent se saisir de ces techniques dans leur accompagnement à la création d'activité.

 

Propos recueillis et mis en forme par Damien Caillard - www.inlocal.fr


 

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