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#Interview : Eric Dacheux

#Interview : Eric Dacheux

Eric Dacheux: “Pour que l’innovation sociale prenne largement, il faut un relais institutionnel.”

Professeur en sciences de l’information et de la communication à l’Université Clermont Auvergne, Eric Dacheux étudie les rapports entre communication, innovation sociale et démocratie. Il a fondé le laboratoire Communication et Sociétés, et son dernier livre s'intitule “Sans les citoyens, l’Europe n’est rien”.

Quel est le lien entre démocratie, innovation sociale et méthodes participatives ?

La démocratie est un régime politique, mais aussi un modèle de société civile singulière fondé sur l’autonomie des individus. Étant libres et autonomes, les individus communiquent entre eux - dans le sens où ils cherchent à construire du sens via l’altérité. Mais la vraie problématique n’est pas de se parler, c’est de se comprendre. La démocratie, c’est le pouvoir de dire oui ou non. La communication, c’est le pouvoir de se comprendre ou pas.

Dans ce cadre, l’innovation sociale est un processus démocratique qui consiste à trouver ensemble des solutions à des problèmes et à des aspirations. Forcément, on communique, on essaye de se comprendre. L’innovation passe par l’expérimentation: on se réunit, on construit des désaccords, et on teste. Le point clé est d’accepter l’échec: il permet d’apprendre qu’une voie n’est pas la bonne. C’est un vrai progrès, et il n’y a pas d’innovation sans échec. Il nous faut posséder cette culture, et développer une démocratie participative où ceux qui sont concernés inventent leurs propres processus de manière itérative et autonome.

 

Comment est représentée l’innovation dans le paysage politique aujourd’hui ?

On a une classe moyenne, dans les tiers-lieux en général, qui innove mais n’a pas de débouché politique. On les qualifie un peu trop vite de bobos … ce sont ces gens bien éduqués, formés, qui veulent donner un sens à leur vie, qui ne se satisfont pas de l’intolérance, des inégalités. Mais ils ne sont pas représentés en politique. Pourtant, pour que cette innovation sociale prenne largement, il faut un relais institutionnel. On entend ceux qui ont peur, ceux qui veulent tout conserver, mais pas ceux qui veulent innover.

Il y a deux choses à faire: éliminer la fracture sociale, ne pas laisser tomber les classes populaires. 6 millions de pauvres, 100 000 sans-abris, c’est inadmissible. Et aussi, aider ceux qui veulent faire. Ne pas faire pour, ni faire à la place. De même, ne pas tout normer, ne pas imposer ses critères d’évaluation. Participer au débat, mais ne pas décider ni terminer.

 

L’Auvergne est-elle une terre de prédilection pour ces méthodes participatives ?

En Auvergne, il y a des initiatives sur tous les territoires, en ville comme à la campagne. Mais il n’y a pas de vision globale, c’est regrettable. Pourtant, un “nouveau monde” naît ici: du fait de la taille, de l’éloignement de Paris, d’une tension bien moindre sur l’immobilier, de la proximité de la nature pour se ressourcer … cela créée un rapport au temps différent. Et un des points à inventer, ce serait un nouveau dialogue ville-campagne, en termes de mobilité notamment. Et pas avec le bulldozer de la métropolisation. On réinvente des potagers, des jardins partagés … chacun cherche le meilleur de l’autre. Et le tiers-lieu est très bien pour faire émerger cela.

 

Propos recueillis et mis en forme par Damien Caillard - www.inlocal.fr

 

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