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#Interview : Jean-Claude La Haye

#Interview : Jean-Claude La Haye

Jean-Claude La Haye: “On passe d'une logique de territoires administratifs à une logique de territoires de projets.”

 

Président de l’URSCOP (Union Régionale des SCOP) Auvergne depuis une dizaine d’années et membre du CESER, Jean-Claude Lahaye a activement participé à la CRESS (Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire) dont il fut président et dont il assure, au sein de la nouvelle entité basée à Lyon, la première vice-présidence.

 

Comment définissez-vous les pratiques collaboratives ?

Ce sont d'abord des outils pour associer beaucoup de gens avec diverses compétences en mode projet. Cela dit, ce qui m'intéresse ce sont les pratiques collaboratives coopératives, qui impliquent un but commun et partagé. Alors qu'en collaboratif seul, on peut faire un apport ponctuel sans participer outre mesure. Dans le coopératif, les gens sont plus impliqués et ont une vue d'ensemble. Par exemple, la différence entre une SCOP et une entreprise classique, c'est qu'on a une vision complète, car on agit comme salarié et comme associé: on sait pourquoi on travaille. La coopération, c'est agir pour ses associés.

Dans votre expérience à la CRESS, comment avez-vous appliqué ces pratiques ?

Sur un projet de territoire, ça peut être très intéressant. Le bon exemple sont les PTCE: Projets Territoriaux de Coopération Économique. Par exemple avec le Pôle Laine de Saugues, en Haute-Loire. Il y avait une structure d’insertion, des moutons, et une seule entreprise capable de laver de la laine en gros et petits volumes. Surtout, il y avait une tradition autour de la laine dans le pays. Le PTCE a créé une coopération économique entre tous ces acteurs. Et a permis que les activités soient reliées autour d'un projet actif de territoire. Du coup, ils ont pu relancer une entreprise de tissage, une de filage, et redynamiser l'entreprise de lavage de laine. La structure d'insertion fabrique désormais du feutre avec la laine. Et un chercheur travaille sur un éco-musée pour amener de l'activité touristique. Dans chaque territoire, il y a des forces et des faiblesses: une des missions de la CRESS est d’en faire l'inventaire, de trouver des points d'appuis et d’initier des coopérations du type PTCE.

Toujours dans l'idée de dynamique de territoire: la Fabrique à Initiatives, expérimentée dans le parc du Livradois-Forez. Le principe est de repérer des besoins non ou mal fournis sur un territoire, puis on fait - de façon très locale - un appel à projets pour qu'un entrepreneur y réponde, tout en l'accompagnant dans le montage de la société ou du projet (ça peut être un seul emploi). Dans une région reculée, c'est une bonne manière de recréer une dynamique économique et territoriale. Et la CRESS joue le rôle de facilitateur.

 

Comment évolue la dynamique territoriale dans la nouvelle région ?

Je suis arrivé il y a 4 ans au CESER, et quand je parlais d'innovation sociale ... les gens étaient surpris. Maintenant, ça commence à entrer dans les têtes. Mais il reste une prédominance de la vision économique, classique, des choses. Pourtant, s'il n'y a pas les hommes, la culture, les territoires, ça ne fonctionnera pas. On doit trouver des moyens alternatifs et surtout convaincre les acteurs économiques. La fusion des régions a eu un effet de prise de conscience de pas mal de personnes. Je le vois avec la métropolisation de Clermont, il y a une volonté de coopération plus forte avec les villes alentours. L'ancienne agglo en a bien conscience. On passe d'une logique de territoires administratifs à une logique de territoires de projets. Ces territoires peuvent être à plusieurs échelles, en fonction des acteurs de terrain: de quelques villages à plusieurs départements. On doit partir du besoin des populations. Le territoire est la bonne maille pour résoudre les questions écologiques, sociale et sociétales qui nous sont essentielles.

L'Auvergne doit réaliser une démarche d'inclusion dans la grande région. Mais en même temps, il faut valoriser nos spécificités. On le voit à l'URSCOP ou à la CRESS Auvergne-Rhône-Alpes, les acteurs en local restent mobilisés malgré un déplacement des centres de décision à Lyon, ce qui est un vrai challenge ! Comment faire ? Mais, dans les espaces éloignés de Lyon comme le Cantal, on doit miser sur nos différences et sur une culture auvergnate marquée pour exister. C'est quand même ici qu'on fait les meilleurs fromages !

 

Propos recueillis et mis en forme par Damien Caillard - www.inlocal.fr

 

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