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#Interview : Jean-Marie Songy

#Interview : Jean-Marie Songy

Jean-Marie Songy: “La rue, c'est l'espace de l'essentiel de la communauté”

 

Directeur du Festival International du Théâtre de Rue d’Aurillac depuis 25 ans, Jean-Marie Songy est également directeur du Parapluie, Centre International de création artistique.

 

Pour être ouverte, la culture doit-elle être obligatoirement dans l’espace public ?

 

L’intention de départ du Festival, ce n’était pas l’ouverture en tant que telle mais plutôt le fait d’être dans la ville. Aller dans la rue, c'est travailler en relation avec ce qui s'y passe. On ne va pas être plus ouvert, car l'espace public reste contraignant. En revanche, il est plus libre dans l'imaginaire, l'expérimentation, l'inventivité.

La rue, c'est aussi l'espace de l'essentiel de la communauté. C'est intéressant car cela pose la question de nos ouvertures, à titre personnel: où en sommes-nous ensemble ? Ce Festival est une sorte de thermomètre de nos pensées, de nos croyances, de nos perspectives à construire quelque chose ensemble. Ce qui m'intéresse c'est de repousser cette limite-là. Sommes-nous très libres ou plein de contraintes, de retenues ? C'est ce qui est intéressant dans le choix de la rue.

 

Comment ce thermomètre a-t-il évolué depuis votre arrivée au Festival ?

Il y a eu une évolution dans la façon dont les gens se sont accaparés les oeuvres proposées dans l'espace public. A la fin des années 70, on entrouvrait vaguement son volet pour regarder ce qui se passait dehors (du moins dans nos "petites" villes de province). En face, les artistes avaient une façon étonnante de venir investir cet espace public, post-soixante huitarde. C'était une approche affirmée mais contrainte par une morale, elle-même encadrée entre la politique et la religion. Tout cela a évolué.

En même temps, il y a eu des retours en arrière, des recadrages. Nous avons aujourd’hui des thèmes liés à ce qui est traité dans les médias, dans la culture populaire ... et il y a beaucoup de contrastes. Les moralistes sont plus à nos portes qu'avant, surtout depuis 4 ou 5 ans. Et le rôle des médias est important, car ils façonnent la manière dont la population voit ces projets (surtout les médias audiovisuels).

 

Vous êtes très attaché au modèle associatif. Est-ce le vecteur principal d’une culture ouverte ?

Une des voies de reconquête de quelque chose de plus humain passe par l'associatif. Il faut faire en sorte que les individus se réinvestissent dans la démocratie participative, ou au minimum dans un engagement associatif. Les bouleversements politiques le montrent aujourd'hui. Et le théâtre le représente bien, je trouve cela touchant. La question de l'engagement associatif est un bel exemple, notamment chez les compagnies de passage: elles parviennent à s'organiser de manière tout à fait exceptionnelle, avec une énergie incroyable. Et elles arrivent à développer une économie par la billetterie, la restauration, le service proposé ...

Ce qui est intéressant dans l’association, c'est qu'elle est non lucrative. Si on est d'accord avec ça, on peut avancer ensemble sur d'autres sujets que l'argent. Alors que, dans une entreprise, si on n'arrive pas à tenir l'argent, on n'avance pas, ou bien la société est vendue. Une association n'est pas à vendre ! Mais elle est dans une disponibilité de propositions et d'inventions, et même si on doit déposer le bilan, on arrive souvent à sauver ce qui fait l'association car elle est soutenue par une communauté (qui va du spectateur au financeur privé en passant par tous les partenaires institutionnels). C'est hyper énergisant, je le sens en particulier à la conférence de presse de lancement: il y a énormément de locaux, qui représentent tous les genres d'investissements possibles, de l'enseignement au commerce, des hommes politiques aux techniciens. Tant que cette communauté tient, l'association peut perdurer.

 

Propos recueillis et mis en forme par Damien Caillard - www.inlocal.fr

Crédit photo : Vincent Muteau

 

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