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#Interview : Julien Caron

#Interview : Julien Caron

Julien Caron: “On a bénéficié d’une conjonction de bonnes volontés entre un grand soliste et des acteurs locaux dynamiques.”

 

Julien Caron est, depuis 2012, le directeur du festival de La Chaise-Dieu, un des principaux événements culturels en Auvergne qui vient de fêter ses 50 ans d’existence. La “Chaise-Dieu”, c’est un principaux rendez-vous de musique classique en France, avec une renommée internationale. Sa caractéristique: une base commune mêlant patrimoine bâti et musique classique (déclinée en piano, musique sacrée et musique symphonique). La structure organisatrice compte aujourd’hui 7 permanents, basés dans la ville de La Chaise-Dieu, en Haute-Loire. Plus 150 bénévoles venus d’Auvergne et d’ailleurs.

 

Le festival de La Chaise-Dieu, c’est d’abord l’image de concerts dans la magnifique abbatiale. Comment s’est développé ce lien avec le patrimoine et la culture de proximité ?

On ressemble à assez peu de festivals. L’ancrage territorial est réel, car un site comme celui de La Chaise-Dieu est assez rarement mis en valeur de cette façon. On pense à la basilique de Saint-Denis, près de Paris, ou encore le festival Radio France à Montpellier … ici, c’est un département rural: les gens associent le festival à l’abbaye, mais aussi aux paysages de la Haute-Loire (côté Auvergne plutôt que Velay). Ce lien à travers le patrimoine et les paysages est très fort, et il concerne l’ensemble des parties prenantes.

 

Du coup, nous avons un vrai impact sur l’économie locale. Le festival a vite prospéré car il a été repéré comme un potentiel de développement économique et touristique. Jacques Barrot [président du Département de la Haute-Loire, décédé en 2014] nous avait tout de suite soutenu, dès les années 1980. La ville de La Chaise-Dieu, c’est aujourd’hui 650 habitants permanents, en baisse de 15%, et l’économie alentours est difficile. Le festival y a vite apporté quelque chose et a mis en relation acteurs privés et publics locaux, PME, mais aussi grandes fondations et entreprises nationales. Ils y ont vu l’opportunité de soutenir en région un événement culturel important.

 

Cette ouverture sur le patrimoine local n’est-elle pas aussi une contrainte ?

Le risque, en parlant de patrimoine, c’est d’en faire un objet statique. Sans parler des travaux [25 millions d’euros investis dans la réhabilitation de l’ensemble abbatial], il faut chaque année faire évoluer les choses. En plus, nous avons régulièrement des chefs-d’oeuvre du répertoire comme les grands requiems, les passions: comment renouveler les attentes du public, s’assurer qu’on évite la routine ? Un des axes est d’investir de nouveaux lieux: de l’abbaye Saint-Robert à l’auditorium Cziffra, et depuis une dizaine d’années des sites autour de La Chaise-Dieu (Le Puy, Ambert, Brioude …). Cela permet aussi aux habitants de redécouvrir, autrement et à travers la musique, un patrimoine près duquel ils vivent.

 

Le festival a fêté ses 50 ans en 2016. A-t-il toujours été ancré dans son territoire ?

La vision du début n’était pas forcément alignée de la sorte. György Cziffra [le célèbre pianiste, fondateur du festival en 1966] voulait un lieu à sa mesure, et en même temps le Comité des Fêtes de La Chaise-Dieu a aidé à lancer l’événement. Le risque aurait été de faire un festival hors-sol. Mais, très vite, on a bénéficié d’une conjonction de bonnes volontés entre un grand soliste très connu qui avait jeté son dévolu sur le lieu, et des acteurs locaux dynamiques. C’est en 1976 que l’organisation du festival se structure réellement, 10 ans après le lancement. Puis, les collectivités locales - avec notamment Jacques Barrot - s’y sont intéressées.

Notre modèle, finalement, est particulier grâce au rayonnement du festival : nos ailes vont loin, mais nos pieds sont enracinés. Nous avons un cadre patrimonial exceptionnel, un environnement naturel somptueux, une programmation de rang national. Et on a eu la chance d’être soutenus par des personnes visionnaires au bon moment.

 

Propos recueillis et mis en forme par Damien Caillard - www.inlocal.fr


 

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