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#Interview : Luc Mary

#Interview  : Luc Mary

La coopérative Sicaba est un des pionniers des signes de qualité alimentaire en France. Elle est notamment à l'origine du premier Label Rouge bovin adulte en France, celui dédié à la race charolaise en 1974. Depuis, elle a développé d'autres labels de qualité (pour 50% de sa production) et a misé sur le bio (pour 35 autres %). Basée à Bourbon l'Archambault dans l'Allier, elle emploi 100 salariés, compte 283 adhérents et réalise plud de 30 millions € de chiffre d'affaires, principalement avec les bouchers et la restauration (traditionnelle comme collective). Luc Mary est le directeur général de Sicaba, et il porte un regard sans concession sur l'état de la filière bovine.

 

Pour vous, les signes de qualité sont-ils les enjeux principaux de l'alimentation de demain ?

C'est le moyen de contrecarrer la baisse régulière de la consommation de viande. La qualité, comme la proximité, sont des garants positifs. C'est aussi le moyen de se démarquer par rapport aux géants du secteur. Notre message est alors "on ne peut pas faire plus court entre un consommateur et un éleveur."

Nous sommes un acteur de petite taille. On essaye de porter les messages régionalement pour la valeur ajoutée et les signes de qualité. Nous avons un peu une fonction de porte drapeau. Comme avec le Pata Negra, ce porc ibérique qui se nourrit de glands: il ne représente que 0,5% des ventes, mais il tire toute la filière vers le haut.

 

Justement, quelle est la problématique que doit affronter la filière viande en Auvergne ?

Nous constatons que le mouvement des coopératives se développe difficilement. Le monde paysan n'est pas capable de travailler collectivement pour reprendre les "outils viande". Les éleveurs ont tendance à se connecter directement à la grande distribution. Du coup, la filière est très éclatée, très divisée. Elle n'arrive pas à se défendre, dans les médias par exemple contre les images d'abus dans les abattoirs.

En Auvergne, il n'y a hélas pas de valeur ajoutée continue pour la filière abattage. Les bêtes élevées sont surtout des "broutards", c'est-à-dire qu'elles partent rapidement en Italie pour se faire engraisser, être abattue et revendue là-bas. C'est pourquoi nous avons développé une charte Sicaba, dédiée aux "engraisseurs" qui gardent les bêtes en Auvergne. On préfère travailler avec des animaux finis et faire tourner l'économie régionale. Ce schéma de filière, d'engagement réciproque, se fait au bénéfice de tout le monde, et notamment du consommateur: garantie de production, renforcement de la plus-value, sécurité de l'écoulement ...

 

Comment voyez-vous les opportunités à saisir dans notre territoire ?

Tout d'abord, il faudrait une instance collective avec une vraie stratégie incluant l'orientation sur du "gras" et des filières locales. La région pourrait mener cela, mais elle a tendance à laisser la politique agricole aux chambres d'agriculture où les syndicats sont trop présents. On aimerait aussi que les grands acteurs du type Limagrain emmènent les petits comme nous dans les marchés où il y a du potentiel, à l'international par exemple.

Il faut comprendre que la notion de territoire auvergnat n'est pas forcément pertinente. Cela dépend des bassins de population. La notion de circuits courts n'est pas toujours viable: ainsi, dans l'Allier, il y a 440 000 charolais pour un peu plus de 300 000 habitants: on est bien obligés d'aller chercher d'autres marchés plus lointains pour écouler la production ! A ce titre, la politique de "manger régional" appliquée à la grande région Auvergne-Rhône-Alpes est une vraie opportunité, ça nous ouvre les portes de nombreux acteurs de la restauration collective, mais aussi des bouchers ou des GMS partout dans la région.

 

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