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#Interview : Pascal Lièvre

#Interview : Pascal Lièvre

Pascal Lièvre est directeur de recherche au laboratoire CRCGM, à l'Université de management de Clermont. Il est co-fondateur et animateur de l'Open Lab Exploration Innovation, qui regroupe chercheurs et managers auvergnats tous les 2 mois pour des conférences et des échanges autour de la recherche en management de l'innovation.

 

Quel est le nouveau contexte auquel les PME doivent faire face aujourd'hui ?

En deux mots, l'économie de la connaissance entraîne de nombreuses ruptures et oblige les entreprises à se muscler en termes de connaissances expérientielles et scientifiques. Les PME comme les grandes entreprises sont soumises à cette injonction: elles ont besoin de nouveaux cadres cognitifs pour comprendre leur environnement, et passer à l'action.

Dans la PME, l'entrepreneur est le maître du jeu. D'un côté, ils sont plus à l'aise avec l'engagement, la prise de risque, l'innovation, mais d'un autre ils ont moins de bagage théorique, et ont un rapport plus distant à la recherche et aux connaissances expérientielles. Il faut les aider sur ces points.

 

Quelle solution proposez-vous à travers l'Open Lab Exploration Innovation ?

La clé est de créer des communautés de pratique pour échanger l'expérience, et des communautés épistémiques pour échanger avec des chercheurs. L'Open Lab Exploration Innovation rassemble les deux: c'est un dispositif souple d'interaction entre des chercheurs (doctorants, étudiants ...) et des praticiens (managers), qui ont un intérêt commun autour des questions d'exploration et d'innovation. Et qui pensent qu'ils peuvent apprendre ensemble, les uns des autres. On multiplie les modalités d'interface entre les problématiques pratiques des entrepreneurs, et les sujets de réflexion des chercheurs.

Plus globalement, la solution est de trouver des espaces collaboratifs pour échanger à différents niveaux. Cela peut se faire au niveau du territoire, comme ce qui existe dans la vallée de l'Arve, en Savoie. Et ces espaces doivent être des communautés, pas trop figées ni formelles, où l'animation se fait de manière plutôt intuitive. On est entre l'informel et l'institutionnel, c'est très important. Ces collectifs doivent construire du sens pour les acteurs, être très flexibles, et proposer des dispositifs d'expansion des connaissances.

Pensez-vous à certaines initiatives en Auvergne ?

Il y a plusieurs espaces qui se rapprochent de ce concept, comme l'Interclub, le Bivouac, l'Open Lab, le Connecteur ... il faudrait étudier leur fonctionnement, leurs modalités d'interaction, leur degré d'ouverture. Pour voir si les parties prenantes - chercheurs, PME, mais aussi grandes entreprises - peuvent y trouver leur intérêt pour s'engager progressivement sur des projets. Des initiatives événementielles comme Living Orgs Day autour d'Epicentre sont aussi à suivre. La clé est de lancer des choses ambitieuses, assez souples, pas organisées comme des hiérarchies ni comme des projets mais bien en tant que communautés. Pour ne pas laisser les PME seules face à cet enjeu de l'économie de la connaissance.

 

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