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Jacques PIQUET et le Tennis

Jacques PIQUET et le Tennis

Après 38 ans d'activité, Jacques PIQUET, Conseiller Technique Régional Auvergnat a pris sa retraite. Une page se tourne, une autre s'ouvre. Plus connu sous le nom de « Jacquot », ce jeune sexagénaire a fait la renommée de la Ligue d’Auvergne grâce à ses compétences mais aussi grâce à ses blagues célébres !

Jacques Piquet est né en 1947 et comme un clin d'oeil, un club se trouvait juste en face de sa maison.

Durant ses jeunes années, de 3 ans à 14 ans, Jacques s'entraînait contre un mur. La raison? "Le règlement faisait que jusqu'à l’âge de 14 ans, nous n'avions pas le droit d'utiliser le terrain !".

 

TF : "Le mur, un ami ?"

JP : "Pendant onze ans, j'ai vu ce mur me renvoyer balle sur balle. Onze ans, durant lesquels j'essayais, avec ma raquette cassée en bois manche 6 et des balles comme des cailloux, d'apprendre tant bien que mal la technique et le jeu. A cette époque, il n'y avait pas ou très peu d'entraîneurs. Il est vrai que parfois j'entrais en catimini sur le court mais rapidement on me renvoyait vers ce maudit mur.

J'avais tout de même une heure avec les enfants du propriétaire des vignes Romanée Conti ce qui m'a valu de goûter au plaisir, le jour de mon mariage, à quelques belles bouteilles.

Pour revenir au mur, je le remercie quand même car c'est grâce à lui que je suis devenu ce que je suis. Les jeunes d'autrefois n'avaient pas besoin de gadgets ou de jouets farfelus. Une raquette, un mur, une balle et je partais pour la journée.  Ma sœur et moi avions inventé le club junior. Nous pouvions rester des journées entières à jouer dans les allées du club, faire des cabanes, jouer à cache-cache, regarder les adultes jouer ou faire quelques bêtises (rires). C'était un vrai lieu de vie, mon parc d'attraction." 

TF : "Avec cette grande expérience en club depuis ton plus jeune âge, quelles différences vois-tu avec les clubs d'aujourd'hui ?"

JP : "L'âme des clubs a disparu. Nous étions une grande famille. Mais pas uniquement au sein du club, dans la région et dans le pays. Il n'y avait pas cet esprit de compétition. Maintenant les clubs ne sont plus complices, ils sont adversaires. Les présidents de clubs se lancent dans des querelles inintéressantes et en oublient parfois le pourquoi de leur fonction. A vouloir trop penser à leurs nombres de licenciés et à leurs budgets, ils oublient la passion. Très peu de clubs arrivent aujourd'hui à nous passionner. "

TF : "Parle nous de ta carrière professionnelle..."

JP : "Je suis devenu "prof de gym", puis prof de tennis. Je suis parti au CREPS de Boulouris pour être prof adjoint. Il n'y avait que deux façons pour obtenir ce fameux titre, soit il fallait être universitaire soit aller dans un CREPS.

Après avoir été nommé pro de gym en Champagne, je suis parti à Fontainebleau. C'était un grand club de plus de 1000 membres, ce qui à l'époque était assez impressionnant. Je faisais 50 heures de leçons individuelles. J'étais le seul entraîneur, ce qui a fait mes beaux jours. Encore une fois, nous étions une belle bande, avec un gros noyau de membres entre 25 et 40 ans. Entre repas, soirées et sorties, je me suis bien amusé !

Je suis resté 3 ans puis j'ai été nommé CTR en Auvergne. Je suis arrivé dans les premiers. A l'époque, l'inspecteur de la Direction Régionale, Pierre Fauve m'avait expliqué : " Il n'y a pas énormément d'argent." Du coup, je me suis retrouvé à ne pas faire grand chose… En 1976, j'ai donc découvert le SCTC (Stade Clermontois Tennis Club) et j'ai donné des leçons individuelles en plus de mon emploi de CTR. Après 3 ans, le Président du SCTC m'a proposé de m'occuper des enfants de 5 à 12 ans et en trois ans, nous avions réussi notre pari : obtenir tous les titres de Poussin à Junior."

TF : "Quelles évolutions as-tu constaté entre tes débuts de CTR et tes dernières années ?"

JP : "Il y a eu deux gros changements.

Le premier, l'opération « 5000 courts ». Cette opération s'est effectuée en deux blocs. Le premier bloc a effectivement lancé une nouvelle vague mais la deuxième opération a crée des clubs là où le besoin n'était pas forcément nécessaire. Nous avons donc eu une vague de nouveaux clubs sans forcément avoir des enseignants derrière pour encadrer. Il y a eu des clubs structurés, des clubs où l'anarchie régnait, des clubs qui ont dépéri rapidement et d'autres où rester en vie est devenu une priorité.

Le second changement est venu juste après. En 1982, le plan de construction de 14 centres départementaux pour développer la filière bois. La tempête de 1982 avait tout ravagé, 10% de la forêt d'Auvergne avait été détruite pour 1,2 milliard de dégâts. La construction de ces centres était donc un bon moyen de relancer l'économie. Le Conseil Régional subventionnait 50%, le Conseil Général 25%, la Ligue d'Auvergne 12,5% et la municipalité 12,5% (le terrain appartenant à la municipalité après 20 ans).

Ces deux changements ont fait que je suis passé de 30 clubs à mes débuts à 230, de 10 moniteurs à plus de 200 moniteurs/initiateurs. La machine a mis du temps à se mettre en place mais plus les années avançaient plus le tennis devenait structuré."

TF : "Un changement dur à gérer ?"

JP : "Disons que nous avons pris de plein fouet ces deux plans et il est vrai qu'au début, nous n'avions pas les moyens financiers et humains pour gérer cette révolution. Nous sommes passés tout de même de 8 200 courts en 1975 à 27 000 en 1985. Gérer une telle évolution nécessite une organisation irréprochable, des moyens pour former les enseignants mais aussi les dirigeants et tout cela nous ne l'avions pas à cette époque-là.

Il ne faut pas non plus jeter la pierre à ceux qui ont pensé ces changements. En 1960, on disait si tu n'es pas bon physiquement va faire du tennis. Le tennis faisait parti des derniers sports en France alors qu'aujourd'hui il est le sport numéro 2 ! Il y a forcément des choses qui ne nous plaisent pas mais il faut reconnaître que notre fédération a érigé le tennis à une place qui était loin d'être la sienne à l'époque."

TF : "Les années 80 restent tout de même des années intenses pour le tennis, non ?"

JP : "Oui, Même si la transition n'a pas été facile pour nous et pour les clubs, il y avait du monde. Les profs ne savaient plus où donner de la tête. Le tennis français se portait à merveille."

TF : "Que s'est t-il passé ?"

JP : "On ne peut pas vraiment poser cette question comme si il y avait eu un drame. Comme je le disais plus haut, les dirigeants de clubs sont à la chasse aux subventions. La pérennité d'un club devient de plus en plus dur. Entretenir un club n'est pas un long fleuve tranquille. Les mentalités changent aussi. Les adhérents veulent plus de confort plus de services et à moindres coûts. Nos structures méritent aussi un coup de jeune. La Ligue d'Auvergne de Tennis situé à Aubière en est l'exemple : un grand complexe malheureusement non isolé dans lequel il fait très froid l’hiver. En 1990, cela ne dérangeait personne, mais maintenant, les gens râlent. Quand vous connaissez les conditions climatiques hivernales en Auvergne, entraîner ou s’entrainer par  -2 degrés devient presque une corvée."

TF : "38 ans en tant que CTR, c'est long ?"

JP : "(Rires) Oui et non. Parfois je regarde derrière moi et je me dis : "Mon salaud t'as vu passer plusieurs présidents de fédération, plusieurs DTN (6 au total), plusieurs présidents de ligues (4), tu as formé un nombre incalculable d'entraîneurs nationaux, d'entraîneurs fédéraux, de CTR, de CSD (Conseiller Sportif Départemental) et de joueurs et malgré tout tu as l'impression d'être là depuis 5 ans!"

TF : "Une passion qui coule dans tes veines. Mais maintenant quels sont tes projets ?"

JP : "Maintenant, j'ai un contrat avec la Ligue d'Auvergne pour faire la formation des DE jusqu'en Juillet avec M.Kouider qui est un maître remarquable donc c'est un vrai plaisir. Jacqueline Petit (Président du Stade Clermontois Section Tennis - SCTC) m'a demandé de revenir au club à titre bénévole pour restructurer l'école de tennis. Pour l'instant, ce que je vais y faire est encore au stade de la réflexion. Je participe aussi à la Commission Haut Niveau du club dirigé l'ex DTN d'athlétisme François Julliard pour lancer des projets haut niveau pour toutes les sections du club. Nous avons aussi un projet qui devrait voir le jour pour refaire entièrement l'ensemble du club. Pour rappel le Stade Clermontois Omnisports, c'est plus de vingt associations pour plus de 3 500 membres donc un projet d'une telle envergure nécessite du temps et des moyens. Et puis je vais continuer à suivre et à entraîner les filles de 2001 que j'avais lorsque j'étais CTR depuis plus de 5 ans avec en plus la satisfaction de voir que l’une des deux arrive dans le TOP 10 français."

TF : "Un petit bilan ?"

JP : "Je me suis bien amusé et je continue. Vous allez devoir me supporter encore longtemps (rires). Plus sérieusement, ce qui m'a beaucoup aidé dans mon métier c'était le contact avec de grandes têtes pensantes du tennis (Deniau, Loth, Massias, Dominguez, Hagelauer, De Pasquale, De Roubin, Simon etc.…). J'ai beaucoup appris aussi de certains dirigeants.

La structure tennis en France est dorénavant une véritable machine de guerre et effectivement il y a quelques petites choses à modifier mais n'oubliez pas que nous sommes le seul pays à avoir une Fédération aussi bien structurée."

 

(à g. Georges Deniau)                       (à d. Richard Williams)

TF : "Notre site a ouvert ses portes depuis quelques semaines, un petit mot ?"

JP : "Je suis heureux de voir arriver un site comme celui-ci qui viendra en complément du site de la FFT. Je trouve l'idée audacieuse et il est vrai que tous les services proposés pourraient permettre aux clubs, aux académies, aux entraîneurs et aux joueurs de se lier encore plus. L'idée de créer des guides avec des labels est un excellent moyen de développer ou d'améliorer la communication entre tous les acteurs du tennis. Et de savoir qu'un auvergnat (Philippe de Bonnevie) que j'ai formé en tant que joueur et en tant que DE est à l’initiative de cette création m'en ravi d’avantage."

TF : "Jacques Piquet, Merci. Le mot « passion » prend tout son sens avec toi et nous te remercions pour ce moment de partage. Une chose est sûre, pour ceux qui ont travaillé à tes côtés ou qui t'ont côtoyé durant toutes ces années, tu resteras l'une des figures les plus emblématiques du tennis en France. 

Bonne chance dans tes projets." 

http://tennisfrancais.fr/zoom-sur-jacques-piquet.html